Foss et fausse fosse

Nous avons quitté à regret Seyðisfjörður ce matin sous un magnifique ciel bleu, triste de n’avoir pu faire d’autres randonnées sur ce site enchanteur. Mais le programme de la journée (et du restant de la semaine) était trop chargé pour se permettre de s’y attarder. Heureusement le beau temps nous a suivi sur toute la route, ce qui nous a permis d’admirer de nouveaux paysages pendant plusieurs heures. La route devient alors un vrai plaisir, comme c’est pratiquement toujours le cas en Islande.

Destination du jour: les Foss (chutes) Dettifoss et Selfoss ainsi que les surprenantes gorges Jokulsargljufur sur l’impétueux fleuve Jökulsa a Fjöllum.

Le chemin pour s’y rendre était à la fois magnifique et étonnant. D’abord en suivant la vallée verdoyante et moutonnante du fleuve Lagarfljot (qui traverse notamment la ville d’Egilsstadir), puis plus loin la vallée du fleuve Jokulsa y fljotsdal devient progressivement aride à mesure qu’on gagne en altitude. S’ensuit une bonne heure de traversée d’un plateau semi-désertique où les nombreuses coulées de lave ont fait des ravages. Enfin on longe la vallée du fleuve Fjollum qui s’est creusé un nid dans une zone de désolation totale et limite effrayante.

Chance inespérée, nous n’avons pas reçu une seule goutte de pluie aujourd’hui. Par contre, le Dettifoss s’est défoulé sur nous à gros bouillons. Quelle bête féroce cette chute! On dit qu’elle déverse plus de 500 m³ d’eau par seconde à une hauteur de 44 mètres sur 100 mètres de large, ce qui en fait la chute la plus puissante d’Europe. Mais c’est l’angle aplati dans lequel elle coule qui la rend si étonnante, tombant dans une faille causée par la divergence des plaques tectoniques américaine et eurasienne.

Si je compare avec les nombreuses photos d’elle qu’on peut trouver sur Internet, il semble qu’aujourd’hui elle était particulièrement fébrile car un gros nuage de vapeur d’eau l’enveloppait, ce qui rendait la photographie difficile, d’abord pour la lentille elle-même, puis pour le rendu final. Impossible de m’approcher pour la prendre en entier, trop de gouttelettes d’eau sur l’appareil. Voici tout ce que j’ai pu prendre d’à peu près regardable. Mais allez plutôt voir sur Internet pour vous en faire une meilleure idée. Quant à nous, on a été très impressionnés de la voir en vrai, ne serait-ce que pour sentir toute la puissance de son grondement.

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Un kilomètre plus haut, la chute Selfoss vaut aussi le détour. Beaucoup moins embrumée que sa grande soeur, c’était plus facile de la photographier.

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Après ces belles découvertes, ça s’est un peu gâté. Une confusion dans mes guides touristiques m’ont fait aller au mauvais endroit pour admirer les gorges du fleuve. En fait il n’y avait qu’un canyon à voir, pas de gorge, et même pas sur le fleuve. Une fausse fosse. On s’est laissé convaincre par la guide du centre des visiteurs de faire tout de même une randonnée qui devait nous mener à une belle vue sur le fleuve, car, dit-elle, « Tout est beau en Islande ». Jusque là c’était vrai. Mais cette fois-ci… argh! La pire piste de randonnée que j’ai vue dans ma vie. Même Alexis n’en revenait pas. Une piste si étroite qu’on ne pouvait même pas y même 2 pieds de large. Souvent remplie d’herbes hautes, visiblement laissée à l’abandon. Et surtout: ne menant à rien de beau, mais vraiment rien. C’était si banal que j’avais l’impression de marcher dans un champ au Canada.

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On a rebroussé chemin, un peu frustrés d’avoir perdu presque 2 heures, et on s’est dirigé vers un autre site du fleuve, cette fois-ci beaucoup plus intéressant. Des formations géologiques épatantes appelées orgues de basalte.

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Ça a complété notre journée. Pour le retour nous avons dû affronter un des brouillards les plus denses que j’ai pu voir dans ma vie (évidemment, en Islande, toute manifestation météo est plus intense qu’ailleurs). Pendant plus de 40 minutes j’avais peine à voir le bout de ma voiture, ce qui est plutôt effrayant quand on conduit sur une route en gravier sans garde-fou entourée de fossés profonds! Heureusement ça s’est dissipé 15 minutes avant d’arriver, laissant le soleil couchant jeter un éclairage magique sur notre site de ce soir: le lac Myvatn, qui repose sur le sol volcanique le plus actif d’Islande (ce qui n’est pas peu dire). Impressionnant!

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Demain nous profiterons donc pour visiter quelques-unes des attractions volcaniques locales. Fumerolles, cratères, cavernes, alouette (ou d’autres espèces d’oiseau, le site en étant particulièrement bien pourvu).

Ciao!

Icelanding

Finalement arrivé plus de 2h30 en retard sur l’heure prévue d’atterrissage à Keflavik (11h00 plutôt que 08h30). Mais on est arrivés, c’est tout ce qui compte.

Fatigués en simonaque par contre! Si j’ai dormi 3 heures très inconfortables, c’est un miracle, et Alexis pareil. Ça va être difficile en fin de journée!

Le reste s’est très bien déroulé dans l’ensemble. J’ai pu acheter mes cartes SIM pour nos cellulaires à Alexis et moi exactement à l’endroit de l’aéroport que j’avais repéré dans mes recherches. Ensuite la navette de Lagoon Car Rental est arrivée pour nous amener à leur boutique, où j’ai pu rapidement repartir avec mon 4×4 (un Nissan X-Trail finalement) qui me permettra de visiter les sites les plus difficiles d’accès. À midi j’étais sur les routes islandaises, 2 heures plus tard que planifié mais avec toute une journée devant nous.

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Pour gagner du temps sur le retard accumulé sur notre horaire planifié, on s’est dégoté un petit resto de sandwiches afin de pouvoir manger sur la route, nommé Street Food. Vraiment succulent, wow. Malheureusement, Alexis a été malade en voiture. En fait il a été malade dans tous les moments de transport depuis l’avion, vômissant avant l’atterrissage, puis dans la voiture à 3 reprises (entre chacun de nos sites touristiques). Mais dès qu’il sortait de voiture/avion, l’excitation et la bonne humeur reprenait le dessus, malgré la très grande fatigue. Mais dès qu’on retournait dans la voiture, bleurp. Il dit que c’est à cause de la chaleur (en Islande, ouais). Moi je dis que c’est à cause du manque de sommeil, d’hydratation et d’autres facteurs. Je suis sûr qu’une bonne nuit de 10 heures va régler ça demain.

Quant à nos visites, wow. L’Islande, quel pays hallucinant. Rien n’est semblable à quoi que ce soit d’autre. D’abord tous les champs sont composés de grosses pierres volcaniques noires, impossibles à cultiver pour la plupart. Ensuite, ces montagnes qui ont visiblement toutes l’apparence d’anciens volcans ou de calderas. La mer tout autour. Et tous les paysages sont fabuleux. On se croirait sur une autre planète.

On a commencé par le site où tout a commencé, autant géologiquement que politiquement: Þingvellir (prononcer Thingvellir comme le « th » anglais poussé comme un « s », par opposition à cette autre lettre islandaise Ð/ð qui se prononce comme le « th » prononcé comme un « z ». D’ailleurs les islandais ont aboli la lettre « z » de leur alphabet en 1974, qui ne servait à rien). Þingvellir est ce site fascinant où l’Islande a été physiquement créé à partir de l’éloignement des 2 plaques tectoniques nord-américaine et eurasienne, faisant émerger des profondeurs magmatiques cette île unique au monde, très récemment d’ailleurs (il y a environ 20 millions d’années). Le résultat est cette vallée enfoncée dans le sol entre deux chaînes de montagnes volcaniques, qui s’éloigne l’une de l’autre à une moyenne de 3 mm par année. On peut distinctement y voir de nombreuses failles résultantes qui nous permettent de savoir sur quelle plaque tectonique on se trouve. Celles-ci sont maintenant séparées par 7 km au niveau du site de Þingvellir. On peut donc passer de l’Amérique l’Europe en peu de temps! Le site est enchanteur, peu importe vers où porte notre regard on est séduit.

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C’est aussi à cet endroit que les premiers islandais (descendants directs des Vikings) ont décidé d’ériger leur premier parlement en 930. La morphologie des lieux en faisait un amphithéâtre naturel où il était aisé de rassembler tous les chefs de clans islandais afin que ceux-ci débattent des lois à rédiger. C’est donc à cet endroit qu’est né l’Islande.

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D’ailleurs on a même pu voir l’endroit où ils procédaient à leurs exécutions. Si les hommes avaient la chance de se faire trancher la tête d’un coup net et adroit, les femmes avaient droit à un traitement spécial: elles étaient entièrement engouffrées dans un sac, puis jeté dans un lac afin de s’y noyer! Voici ce site enchanteur et charmant! Normalement on voit un endroit comme celui-ci et on pense pic-nique et relaxation. Les islandais de l’époque, eux, relaxaient d’une toute autre manière!

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Après cette visite ravissante qui a démarré notre séjour d’une excellente note, nous avons poursuivi notre périple vers un autre aspect définitif de l’Islande: les Geysers! En fait le mot geyser lui-même est d’origine islandaise, héritage direct du nom du plus célèbre d’entre eux, le Geysir. Jadis il pouvait cracher son eau bouillante et sulfureuse à une hauteur de plus de 60 mètres (!!!), mais maintenant il est devenu paresseux et a cessé de cracher. Heureusement pour nous cependant, son voisin immédiat, le Strokkur, a pris la relève et fait jaillir son crachat plusieurs fois par heure à plus de 20 mètres. Spectaculaire! Tout autour, des dizaines d’autres geysers bouillonnent leur marmite d’eau, générant des fumerolles vaporeuses et cette odeur de souffre indéfinissable, sinon qu’on a l’impression de se trouver dans les fesses de la terre tant l’odeur d’œufs pourris peut y être parfois forte et nauséabonde.

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Après une heure de spectacle, nous sommes passés au site suivant. Quel pays fascinant tout de même. En moins de 10 minutes on peut passer de bouillant geysers à une bruyante cascade aux dimensions fulgurantes: le célèbre Gullfoss. Impressionnant.

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Finalement on peut dire qu’on a atteint les objectifs fixés pour cette première journée, hormis un site que nous avons décidé de remettre à plus tard en fin de voyage, faute de temps (près de Reykjavik, il est possible de visiter l’intérieur d’une chambre magmatique volcanique intacte, vide et très colorée, nommé Þríhnúkagígur. Nous y reviendrons en fin de voyage lorsque que passerons par Reykjavik, le Lagon Bleu tout près et d’autres merveilles de la péninsule de Reykjanes, qui concluront ce voyage dignement).

Le programme de demain est pas encore clairement défini, mais ça se passera dans l’Islande du sud très certainement. D’ailleurs ce soir nous dormons dans une charmante ferme de Selfoss, près des sites clefs de cette zone. Ça promet d’être encore spectaculaire.

Oh, au fait, nous avons aperçu, au loin, notre premier AUTHENTIQUE GLACIER!! Regarde sur la photo suivante, derrière Alexis, entre les montagnes… non ce n’est pas la mer! Ça nous a excité comme des puces. On va s’en taper un d’ici une couple de jours certain.

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Pour finir, voici notre trajet approximatif du jour en terre islandaise. J’essaierai de publier notre trajet à chaque jour, pour vous donner une idée de ce qu’on parcourt et voit.